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La sinistre Sarah Knafo propose de limiter le RSA à un maximum de trois ans. Elle justifie cette idée en rappelant qu’un bénéficiaire sur six reçoit cette aide depuis plus de dix ans. Elle affirme que le RSA ne doit pas devenir un « statut à vie », mais rester un simple filet de sécurité. Derrière cette rhétorique, je distingue une logique bien plus idéologique… et mortelle.

Le RSA n’est pas une rente. C’est le dernier filet de sécurité de notre système social. Ce filet empêche souvent l’irréparable. Je suis convaincu qu’il évite que des vies ne basculent dans la grande exclusion, la rue, la dépression profonde, voire le suicide. Si le RSA est supprimé au bout de trois ans, que devient-on concrètement ? On laisse les personnes sombrer dans une pauvreté extrême dont beaucoup ne reviendront jamais. On les abandonne à la rue. On les pousse, pour certains, vers un geste désespéré. À mes yeux, la question n’est plus seulement sociale : elle devient une question de vie ou de mort sociale, parfois même littérale.

Cette proposition s’inscrit, selon moi, dans une logique de « national-libéralisme » qui, sous prétexte de baisser les impôts, attaque méthodiquement les protections collectives. On détruit le RSA au nom d’une prétendue justice envers ceux qui travaillent. En réalité, j’y vois l’organisation du démantèlement progressif des droits sociaux les plus élémentaires, en acceptant par avance que certains y laissent leur dignité, leur santé mentale, parfois leur vie.

Je pense que fixer une date limite n’a jamais créé d’emplois. Cela ne résout aucun problème structurel : problèmes de santé, absence de logement stable, transports inexistants, discrimination, manque de formation… Priver les gens de ressources ne les remet pas au travail. Cela les asphyxie, les isole davantage et rend toute insertion encore plus difficile. Le manque d’argent entraîne déjà, bien avant la fin du RSA, une exclusion sociale progressive et brutale. On ne peut plus sortir, inviter, rendre service, participer. Les amis s’éloignent peu à peu, les relations se raréfient, le réseau social s’effondre. À terme, on se retrouve seul. Pour moi, le chantage à la misère n’est pas une politique d’emploi ; c’est une politique de punition qui peut coûter cher en vies brisées et en isolations définitives.

D’autre part, le RSA n’a rien d’un confort. Pour une personne seule, il s’élève à environ 635 euros par mois. Une fois le loyer, l’énergie et l’alimentation payés, il ne reste rien. Parler de « vacances » ou de « choix de vie » dans ces conditions me paraît absurde. Si le RSA était un privilège, personne ne refuserait d’échanger sa place.

Il faut aussi rappeler, que le RSA stimule l’économie réelle… et profite directement aux actifs. Contrairement aux hauts revenus qui épargnent une partie importante de leurs ressources, un allocataire dépense la quasi-totalité de son aide dans les besoins de première nécessité : courses alimentaires, loyer, électricité, gaz, transports, soins de base. Chaque euro versé va immédiatement aux commerces de proximité, aux enseignes de grande distribution, aux bailleurs, aux fournisseurs d’énergie. Ce sont des salariés, des commerçants, des employés de rayon, des caissiers, des livreurs, des artisans locaux qui en bénéficient. Supprimer ou limiter sévèrement le RSA, c’est aussi, à mon sens, retirer du chiffre d’affaires aux entreprises où travaillent des actifs, affaiblir l’activité économique des territoires les plus fragiles et, in fine, menacer des emplois.

En outre, parce que la quasi-totalité du budget d’un allocataire est consacrée à la consommation courante, les allocataires du RSA paient une part de TVA bien plus importante, en proportion de leurs revenus, que les ménages aisés. Ils participent ainsi, relativement à leurs moyens, de façon particulièrement forte à l’effort collectif. Le RSA n’est pas un trou dans le budget : c’est une injection permanente de pouvoir d’achat dans l’économie du quotidien, et ceux qui le reçoivent contribuent, à leur échelle, davantage que beaucoup d’autres à financer les services publics via la TVA.

Le vrai problème n’est d’ailleurs pas, l’excès de générosité, mais le non-recours à ce droit. Près d’un tiers des personnes éligibles (environ 34 %) ne demandent pas le RSA. La fraude, souvent mise en avant, reste marginale (et en majorité le fait de tiers, non des allocataires) face à ce non-recours massif et face à la fraude fiscale. Le problème n’est pas que l’aide soit trop accessible ; c’est qu’elle reste trop inaccessible pour ceux qui y ont droit.

Enfin, je suis convaincu que le RSA est un investissement social essentiel. Il évite les coûts humains, médicaux et sécuritaires qui apparaissent quand la grande exclusion se produit. Il empêche souvent l’irréparable : la descente sans retour dans la rue, la destruction psychique, le suicide, la rupture familiale définitive et l’isolement total. Vouloir le limiter dans le temps sans garantir un emploi digne ni des conditions de vie décentes, c’est, à mes yeux, confondre la lutte contre la pauvreté avec l’attaque contre les pauvres. C’est accepter, en connaissance de cause, que certains paieront cette mesure de leur vie sociale… ou de leur vie tout court.

On ne lutte pas contre la pauvreté en s’attaquant aux pauvres.  

On ne supprime pas un droit qui participe à l’économie réelle et soutient aussi les actifs.  

On ne résout pas le chômage en précipitant les gens à la rue : ils resteront sans

emploi… et sans toit.